Pour la dernière fois, chère belle chose,

Me voici persécuté; je vis les derniers moments de ma Passion, seulement éclairé à la lueur d'une bougie en graisse d'antilope dépecée de mes mains. C'est je crois la fin du voyage.

Tandis qu'encore il y à de cela trois mois... Je l'imaginais mon retour, tout plein de triomphe ! Chargé des épices et des étoffes et des bois rares, et des peaux d'animaux sauvages (ces tigres morts qui peuplaient nos rêves d'enfants, faut-il qu'il t'en souvienne ?) ! Las, me voici -seul, à nouveau.

Pourtant je les chérissais ardemment, ces tropiques tristes. Et de tous mes désirs, jamais ils ne purent que... Non, pour sûr ils... Car trop certainement je me fourvoyai; et probablement j'en demandai tant, aussi !

Et donc, en fait de la missive porteuse de joyeuses nouvelles que j'étais je pense en mesure d'attendre d'un pays pour lequel je fis plus que n'importe qui, à ma grande stupeur on me fit part d'un avis d'expulsion dans les formes.

"Nous vous priont, meusieur, de foutre le camps sous une semène, sous quoi nou...". Je préfère passer pour maintenant les calomnies dont je suis l'objet. J'en aurais la nausée si seulement mes geôliers avaient jugé bon de me nourrir.

Quel est donc l'objet du courroux des Ministres mentalement attardés de ces régions arriérées ? Une pécadille. Franchement, ce serait à dégouter le plus saint des hommes à céder à ses saines impulsions philantropiques. Mon seul tort fut que d'offrir du cavillard à des pourceaux dégoûtants, indignes de ma compassion.

Mais encore il faudrait que je t'éclaire...

C'est qu'après avoir passé d'épouvantables nuits dans de désastreux gites de montagnes, alors que glacé j'attendais la mort,  il me vint une idée formidable.

Je ne crapahutais à ces hauteurs que dans le but de livrer à la science ébahie mes incroyables découvertes, tant dans le domaine de la botanique (ainsi des chardons doigts-de-dragon, ou encore de mes fameux palmiers coton-tige) que de l'ornithologie (as-tu jamais entendu parler des Echassiers Pailles-de-Coca-cola, ou des Martin-Pâtisserie Noirs-et-Blancs-à-la-Crème ? Non. C'est très normal, car je viens de les découvrir). Et soudain, cette idée qui devait faire ma fortune, et prodiguer amour et réconfort autour d'elle !

Elle sera, cruelle Fortune, sabotée par des ignares bégueules et imbéciles, trop jaloux de moi comme souvent.

Car enfin, pourquoi donc dans ces gites se geler solitaire l'entrejambe, quand de bienheureuses fermières se la gèle aussi, l'entrejambe ? Tandis qu'une belle alchimie se pourrait naître, entre les vigoureux polonais qui gîtent icelieu en quête d'aventures, et les paysannes indigènes sucent nommées (faute de frappe ou lapsus scabreux ? L'exil de l'auteur ne nous permet de tirer un trait
définitif sur la controverse, ndlr) !

Et me voici à la tête de la première société philantropique d'éco-tourisme ethnico-sexuel au monde. Qui combine les exigences du développement durable, et les plaisirs insoupçonnés que l'on est en droit d'attendre quand de rudes ouvriers métallurgistes de Gdansk se découvrent tendres entre les cuisses déjà fermes d'une adolescente agro-pastoraliste Hammer.

Et puis, que sert d'admirer les poitrines dénudées et les lèvres lourdement ornementées de ces sauvages femelles, si enfin l'on ne peut les soupeser de la main ? Tant qu'à être un peu voyeur, y combiner l'agréable ne me semble pas déplacé.

Aussitôt, me voici à l'oeuvre ! D'abord, mes bonnes connaissances des plantes furent employé utilement; j'enseignai ainsi aux populations autochtones les mille et une manières de confectionner des protections efficaces, ainsi que divers pessaires 100% biologiques, et qui ne font pas grossir.

A la simple idée de l'avenir glorieux qui s'ouvrait à elles, les filles malheureuses de ces tristes bergers transhumants de se contenaient plus de joie.

-<< Mais alors, maître, nous aurons des rapports fréquents avec l'homme blanc ?, elle demandaient.

-C'est bien ainsi, et tant de fois que vous pourrez, même !>>

Leurs pépiements gais me causaient alors un grand plaisir. Elles me prenaient par les mains et le bras, et tout simplement nous nous regardions et nous dansions ensemble ensuite, et l'air semblait doux tout plein empli des promesses de volupté que nous échangions en riant, et puis nous baisions tous ensemble, le sol et la pluie et les fruits ! Leur magnifique enthousiasme dévoilait sans peine quelles redoutables croqueuses d'hommes seraient ces femelles cannibales.

Comme de juste leurs rustres pères abandonnèrent bien vite leurs absurdes réticences dès lors que quelque bel argent leur
fut dûment promis. Une joie vénale injectait leurs yeux d'éclairs farouches.


Fort de ce succès initial acquis auprès des principales intéressées (car je doute que les Polonais émettent de leur côté quelconque réticence), j'entrepris les fastidieuses démarches administratives qui sont de rigueur, dépensant ma fortune sans compter en pots-de-tädj. En vain, pourtant.

Car ces diables de la Coopération Internationale, gangrène du pays et véritables maîtres des lieux, y trouvèrent à redire... Aussi surprenant que celui puisse paraître, émanant des promoteurs de zoos humains ! Déflorer l'âme des autochtones tribaux en leur dérobant des photos obscènes, voilà qui serait très moral, certes ! Mais de les initier aux plaisirs, les mettre en contact étroit avec l'Occident civilisé, cela relèverait de la perversion ? !

Pour paraphraser le gimmick d'un brillant avocat, qui commençait de la sorte ses plaidoiries les plus saignantes, "mais on
marche sur la tête, là" !

"Grossier personnage" fut l'insulte employée à mon endroit. Un homme de ma qualité ! Botaniste de renom ! Collectionneur éclairé d'Art contemporain ! Jockey amateur ! Les voici, mes lettres de créance, messieurs les acharnés ! L'indéniable preuve de mon irréprochable moralité ! Moi ! Moi, dont l'hôtel particulier est le lieu des plus belles fêtes de la capitale, dont on évoque avec respect la mondanité et la courtoisie de Milan à New York ! J'y ai reçu plus d'un Président du Conseil de la péninsule, plus d'un Directeur d'institution internationale déchu, et plus d'un marin rendu fou par mon charme...

Voici donc la récompense pour qui souhaite embellir le monde ! Souvenons nous Jésus, et souvenons nous Mani ! Souvenons nous encore Martin Luther King, ou Maximilien Robespierre, ou Pier Paolo Pasolini, qui comme moi à présent furent salis par des foules ignares ! Et probablement eux aussi ils furent fort injustement qualifiés de "satyre autocrate bon pour l'asile d'aliénés" (ce qui entre nous, était probablement vrai pour au moins deux d'entre eux. Sur la fin de sa carrière, le Révérend King était un peu "olé-olé" il faut reconnaître).

Bien, demain on me libère car à la prison j'ai choisi l'exil, encore. Sur ma vie, on ne m'y reprendra plus à désirer le bien-être d'autrui.

Je rentre.

 

(Ecrit et publie a la hate, excusez par avances les fautes, de style, de gout, de frappe, autres...)