J'ENCULE LE CINEMA FRANCAIS (partie 1)

 

Toi cher a mon coeur,

Elle s'annonçait pourtant bien, cette Quatre-vingt quatrième Cérémonie des Oscars. Car le jury, une fois n'est pas coutume, me semblait particulièrement pourvu de flair, ayant très justement décidé d'exclure des festivités l'infecte bouillie de cinématographe que constitue à mes yeux l'insultant "Drive", du non moins insultant Nicolas Winding Refn.

Ce film est en effet au Septième Art ce que la blonde peroxydée est au genre féminin : une vulgarité obscène destinée à émoustiller le bas peuple, vite consommée dans les toilettes pour messieurs entre deux affaires d'importance cruciale (comme par exemple manger du concombre, ou encore écrire un virulent pamphlet sur le déclin de l'Art occidental, depuis que certains esprits chagrins sans talents se sont mis bille en tête d'en faire profiter les masses populaires ; elles étaient pourtant très bien où elles étaient jusque-là, les masses populaires, à  l'assommoir, ou à l'usine, ou bien encore à engendrer une progéniture innombrable, ou, enfin, occupées à toutes activités auxquelles elles se livrent habituellement quand on les laisse libre de vaquer. D'Andy Warhol à "Drive", ce n'est, de fait, qu'une infinie dégringolade dans un abysse de médiocrité bancale, et insigne insulte au bon goût).

J'eus probablement oublié jusqu'à l'existence même de cette impertinente outrecuidance sitôt ingurgitée, si
depuis quelques malandrins ne venaient sans cesse rabâcher alentour sur l'ignominie, le déni du "bon sens populaire" (je ris sous cape) que figurerait son absence des nominations à la récompense suprême.

Mais quel est donc l'argument de cette déjection filmique grotesque, outrageant toute sensibilité esthétique sans la moindre vergogne ?

ALERTE SPOILER ! ! ! CE QUI SUIT EST UN COMPTE-RENDU TRES FIDELE DE CETTE SOUPE POPULAIRE ! ! !

Le chevalier : Un jeune homme qui le jour conduit des automobiles sur quelque champ de course déshérité du désert intellectuel qu'est la Cité des Anges, cependant que la nuit il se mue en conducteur d'automobiles, toujours à travers les rues déshéritées du vide spirituel qu'est la Cité des Anges.

Ce héros charismatique (sa garde-robe laisse ici présager de l'incompétence flagrante d'un chef décorateur visiblement trop porté sur la boisson, et dont les moeurs déviantes et décadentes sont une atteinte à la décence et à la dignité humaine), est néanmoins doté des facultés cognitives d'un crabe. C'est donc avec tout le naturel que lui confère cette indéniable tare qu'il s'éprend d'une insignifiante voisine, et que, chevaleresque comme de juste, il entreprend dès lors de lui faire ses commissions. Comme de juste là encore, il s'agit là de la blonde péroxydée que je mentionnais plus haut. Son autisme congénital le pousse à poursuivre de ses assiduités cette fille-mère, pourtant évidemment pathologiquement frigide, et qui donc ne se pourra que peu prêter aux fantaisies sexuelles désaxées que le cerveau malade de notre héros a nécessairement conçu au plus fort des violentes crises de frustration dont il ne manque certainement pas de souffrir.

La princesse : La jeune perruche blonde est, elle, éplorée depuis que son amant, un sordide gommeux latino, croupit dans les geôles fédérales consécutivement à l'un de ces trafics dans lesquels ceux de sa race excellent. La petite dinde semble par ailleurs en état de manque constant, comme en atteste un babillage futile et hors de tout propos, mais surtout ses très mauvaises manières, qui la font ne point corriger vertement son enfant lorsqu'il met les coudes sur la table comme un sale petit impoli.

La douleur que provoque cette situation de solitude forcée, ou les syndromes du manque, ou que sais-je encore, car je n'y entends rien en psychopathologie, la pousse dedans les bras de ce chevalier de l'asphalte solitaire et néanmoins quasi-mongolien. Mais après tout, et malgré toute la compassion dont je suis capable, je serais bien en peine de plaindre notre colombe camée jusqu'aux yeux de se trouver en si lamentable compagnie. Car enfin si en cours de mathématiques appliquées, elle eût plus compté sur ses doigts que sur ses jambes, peut être aujourd'hui qu'elle enseignerait la physique quantique à de brillants étudiants sur les campus californiens. Car enfin soyons honnête, il se trouve que ces petites sottes jettent trop souvent leur dévolu sur des gangsters latinos tatoués, à la dentition douteuse, sans même sembler croire qu'elles puissent avant quinze ans être dévorées d'une envie tenace de saumon rose, de fraise des bois et de charcuterie.

(S'il faut bien que jeunesse se passe, aussi bien, je crois, que ce ne soit pas vautrée sur un matelas miteux aux forts remugles d'urine, attendant docilement qu'un mexicain syphilitique eût terminé sa sordide besogne, cependant qu'un de ses associés dans le crime et la débauche attende de prendre le relais en se caressant. Mais peut être suis-je rien qu'un vieux réactionnaire un peu bégueule ?)

L'amour courtois : Ces deux déchets, dejetés par les vagues implacables d'une société inique sur la grève mazoutée de leurs rêves ternis, commencent donc de s'aimer à leur manière simple d'attardés congénitaux, c'est à dire sans tout à fait saisir les mécanismes du désir qu'ils sentent poindre en eux (encore que je soupçonne la rouée catin de ne chercher à séduire le mongolien qui s'offre à elle, qu'afin de lui soutirer quelque bel argent pour s'offrir la dose quotidienne qui fait cruellement défaut, aujourd'hui que son maquignon moisi dans une cage. Car enfin, elle n'a pu faire autrement que de remarquer la belle automobile tuning à laquelle notre jeune champion du ruisseau voue justement un culte débilitant. Peut-être aussi elle cherche un père de substitution pour son bâtard, un mulâtre vaguement idiot et très grossier à table ; mais, probablement, je complexifie un mécanisme psychique qui doit relèver plus sûrement de l'instinct animal)

Les aventures chevaleresques : La situation deviendrait dramatique si elle ne fût si ennuyeuse, lorsque le maquereau latino est libéré contre je ne sais quelle promesse (monnaie de singe, que l'administration pénitenciaire est bien coupable je crois d'accepter, tant les rebuts de cette espèce devraient selon moi être gazés, afin d'assainir nos prisons qui n'ont pas besoin d'être infestées de la sorte par de si répugnantes personnes).

Le chevalier noir : Et nos deux acolytes nouvellement acoquinés de se lancer ensemble dans d'abracadabrantesques aventures, pour le compte d'un pizzaïolo simiesque. Bien que physiquement grotesque, et malgré une belle situation dans la vente de pizzas à emporter, ce grand singe a un singulier hobby : il dirige à ses heures perdues d'une main velue la pègre de la côte Ouest - tout au plus, une demi-douzaine d'hommes de main à mi-temps, car enfin, les pizzas ne vont pas se livrer toutes seules.

Je dois à ce moment de mon propos, m'interrompre pour décerner une mention spéciale au directeur du casting, qui aura probablement ourdi de saboter une entreprise de prime abord fort honorable (tant je ne crois personne capable d'avoir l'outrecuidance de se lancer délibéremment dans tel fiasco ; je l'attribue en premier lieu à une bêtise très excusable, et non à la méchanceté de vouloir nous infliger pareil spectacle) ; quelque désaccord concernant ses gages l'aura poussé à cette perverse extrémité...

Pour faire court, notre jeune attardé mental conduit sa grosse automobile dans les rues déshéritées du néant de moralité qu'est la Cité des Anges, tandis que sont fracassés des crânes, et que l'on s'étripe gaiement -et cependant qu'un réalisateur adolescent boutonneux se régale avec la touche "slow motion" de sa caméra-jouet. Finalement, notre jeune dégénéré gâche la belle histoire d'amour impossible par quelque maladresse, dûe à son inexpérience, ou à sa fougue d'idiot complet, à moins que ses tendances paranoïdes et ses fantasques crises de délires n'effrayent la tourterelle ; je n'ai quant à moi jamais rien entendu à la psychologie des droguées, de toutes les façons.

Quoi qu'il en soit, le duel au sabre façon chambara qui clôt le film est une belle réponse à tous ceux qui prétendent que les danois ont une âme ; car j'en viens en dernière analyse à penser le contraire, tant est navrante la mise en scène, ponctuée de lignes de dialogues d'une stupidité qui dépassent un entendement pourtant aussi vaste que le mien. Le jeune débile meurt, ou peut être pas -j'avais entrepris depuis plusieurs minutes déjà de me masturber sur mon fauteuil tant mes nerfs étaient en capilotade, tentative désespérée d'évacuer l'horreur que faisait naître en moi des images que je prenais d'abord pour une insulte personnelle (avant de m'aviser que je n'ai pas l'insigne horreur de connaître monsieur Refn en personne, qui doit se trouver bien malin d'avoir un patronyme qu'on ne peut prononcer sans avoir une bonne angine). Aussi la fin demeure floue, grâces en soient rendues à qui de droit, car probablement n'eussé-je pu survivre à la séance autrement.

Pour dire le vrai, pareille farce attentatoire à la décence n'avait été commise depuis l'inepte "T'aime" de monsieur Sébastien (qui probablement doit se trouver bien malin d'avoir à la fois deux prénoms forts laids), qui nous conte les turpitudes amoureuses d'un mongolien et d'une prostituée de bonne famille. Ce génie incompris de Patrick Sébastien leur adjoint un psychiatre dément (himself), dont les multiples perversions aboutiront au meurtre de l'attardé par un infirmier sadique (à moins que non, voir mes raisons plus haut).

Si j'ai déjà mentionné au champ d'honneur le directeur de casting et le costumier, je ne voudrais pas faire injure à celui qui parvient par sa seule présence à saborder une production honorable, dans ses intentions tout du moins. Si les avocats de ce monsieur parviennent à lui éviter la chaise électrique pour homicide multiple au deuxième degré avec intention de blesser (tant je ne doute pas qu'il fût cause de nombreux suicides, fausses couches et congestions cérébrales mortelles), j'aurais alors perdu ma foi en la justice pénale internationale.

Car enfin, ce Pol Pot des claviers, ce Douch du synthétiseur mérite un châtiment prométhéen ! Si la Russie stalinienne eût à sa disposition pareil instrument de torture mentale, nul doute que les Soljenitsyne et autres déviants réfractaires eussent été plus dociles, et nous eussent épargné tant de torchons calomnieux dépourvus de compassion et d'humanité (c'est du moins l'idée que je me fais de l'Archipel du Goulag, cependant la crainte que m'inspirent les thèses dégénérées de monsieur Soljenitsyne m'interdisent de seulement songer à parcourir son ouvrage). J'ai en effet réellement craint  que la musique de monsieur Kavinsky ne m'occasionnait de graves lésions cognitives (ce qui eût été bien dommage, pour moi surtout).

Finalement en y songeant bien, ce monsieur Kavinsky est une manière de génie du mal. Pour dire la vérité, je ne serais pas outre mesure surpris, d'un jour lire ses accointances avec quelque laboratoire secret post-soviétique, menant ses recherches sur le contrôle mental des masses et la destruction de la psyché, comme son nom aux consonnances slaves peut d'ailleurs le laisser accroire.

Enfin, il ne faudrait pas oublier le magistral travail accompli par un chef-opérateur pourtant atteint de cécité sénile : bel exemple de courage et d'abnégation, certes, mais qui ne dispensait pourtant en rien monsieur Refn de choisir un véritable professionnel de la lumière, comme par exemple ce remarquable jeune technicien qui officia si brillamment sur le clip de David Lynch, "Good Day Today" (musique que je soupçonne hélas élaborée sur les conseils de monsieur Kavinsky ou de sa clique).

Probablement, monsieur Refn était trop occupé à réparer le bouton "slow-motion" de sa caméra-jouet pour se préoccuper de détails aussi mineurs que par exemple, la lumière, la musique, la décoration ou le scénario. Il est vrai qu'il est tellement plus "in" d'alterner, avec sagacité et mesure, les ralentis et l'ultraviolence sur fond de sirop pour la toux, ça fait génie, et c'est ce qui fait le délice de ces collégiennes mentalement déficientes dont le goût musical fut forgé par Whitney Houston dans Body Guard.

L'insulte, le pied de nez suprême, que je m'étais pris perversement à rêver, eût été que la statuette échoive à la musique originale de Kavinsky ; par un époustouflant renversement du système de valeurs occidentales, cela eût placé M. Kavinsky au-delà du cantor de Leipzig  (Johannes Sebastian Bach, pour sa belle musique dans Tree of Life) ; preuve nouvelle s'il en était encore besoin, du déclin intellectuel et esthétique introduit par l'imposture post-moderne et sa scandaleuse posture de relativisme culturel, autant que cela m'eût conforté dans l'idée que M. Kavinsky est rien en réalité qu'un agent russe envoyé pour déstabiliser l'occident via sa méthode avant-gardiste de contrôle du cerveau humain. Cela expliquerait bien des choses.

Et puis cela nous aurait épargné les tracas causés par les jérémiades dont ne manqueront pas de nous accabler M. Refn en raison de l'absence de récompenses, que recherchent avidement les réalisateurs de caniveau autoproclamés "créateurs".

D'un point de vue personnel je ne suis bien sûr pas choqué outre mesure, car mon intérêt pour ce film est modeste tu l'auras compris. Cependant je puis entendre ce besoin pathologique de reconnaissance, tant au fond ces messieurs doivent nécessairement pressentir leur médiocrité. Mais enfin, si j'admoneste une bonne tape sur le flanc de mon cher petit félin (animal ravissant et autrement plus brillant que M. Refn) quand il me rapporte une  créature qu'il a lui-même trucidée (croyant ainsi me causer plus de joie que sa seule présence ne saurait me procurer), je ne vois pas pourquoi je devrais m'esbaudir devant l'étron ouvragé et avec soin déposé devant ma porte par M. Refn ; devrait-on le récompenser pour sa lamentable réussite à prouver, une fois encore, l'étroitesse de sa Weltanschauung de bivalve ? Il aura appris à se servir d'un outil (une caméra-jouet), je dis très bien, mais les singes bonobos le font aussi pour se nourrir (encore qu'en ce qui les concerne, l'utilisation qu'ils font de bâtons courbés soit en tout point remarquable).

Mes brillantes considérations sur l'imposture de The Artist, fruit des élucubrations d'un parterre de dégénérés botoxés croûlants sous leur minable importance, et incapables d'apprécier l'oeuvre audacieuse et révolutionnaire du seigneur Malick, te seront livré au plus tot.

Tendrement,
Ton Ignatius

PS : J'encule le cinéma français, et cela inclut monsieur K., autiste dégénéré notoirement connu des services de la police du bon goût, et qui malgré son opinion mégalomaniaque de lui même, dérange autant quand il filme que quand il pète dans son bain.